googleedae4ef33332cf10.html Le Portrait | Théâtre de l'Hydre

Théâtre de l'Hydre, compagnie située en Haute-Vienne

©théatredelhydre

Le Portrait

Extrait

« Patiente ! Patiente ! La patience ne peut pourtant pas être éternelle. C’est très joli de patienter, mais encore faut-il que je mange demain ! Qui me prêtera de l’argent ? Personne (…) En vérité, pourquoi suis-je là à tirer le diable par la queue, à suer sang et eau sur l’a b c de mon art, quand je pourrais briller aussi bien que les autres et faire fortune tout comme eux ? »
Comme il disait ces mots, Tchartkov pâlit soudain et se prit à trembler : un visage convulsé, qui paraissait sortir d’une toile déposée non loin de là, fixait sur lui deux yeux prêts à le dévorer, tandis que pli impérieux de la bouche commandait le silence. Dans son effroi, il voulut crier, appeler Sam, qui déjà emplissait l’antichambre de ses ronflements épiques, mais le cri mourut sur ses lèvres, cédant la place à un sonore éclat de rire : il venait de reconnaître le fameux portrait, auquel il ne songeait déjà plus, et que le clair de lune, qui baignait la pièce, animait d’une vie étrange. Il s’empara aussitôt de la toile, l’examina, enleva à l’aide d’une éponge presque toute la poussière et la saleté qui s’y étaient accumulées ; puis, quand il l’eut suspendue au mur, il en admira encore davantage l’extraordinaire puissance.
Tout le visage vivait désormais et posait sur lui un regard qui le fit bientôt tressaillir, reculer, balbutier : « Il regarde, il regarde avec des yeux humains ! »

Traduction : Henri Mongault // Adaptation : Stéphane Bensimon
Production : Le théâtre de l’hydre // Durée : 50’

Conte adapté de la nouvelle Pétersbourgeoise
 de Nikolaï Gogol